«PS, UMP : le gang des hypocrites» |
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«PS,
UMP : le gang des hypocrites»
in LIBERATION Par CHRISTOPHE
FORCARI, PASCAL VIROT
François
Bayrou à l'Assemblée nationale en mars 2009. (Charles Platiau / Reuters)
A quinze
jours des élections européennes, François Bayrou, président du Modem,
dénonce «les attitudes de compères» du PS et de l’UMP. Tout
en rappelant que «la présidentielle est la seule élection qui peut
vraiment changer les choses». Quel est
l’enjeu, pour vous, de ce scrutin européen ?
Il n’y
a dans cette élection qu’un seul enjeu : notre modèle de société. La
réponse dépend en même temps de choix nationaux, faits en France, par
les gouvernants, et des décisions prises dans le cadre européen. L’un
ne va pas sans l’autre. J’assume donc de parler France et Europe en même
temps. Et je combats toute personne qui veut déraciner l’Europe de la
France. Et quels
sont vos objectifs ?
Nous en
avons deux. D’abord, que s’impose une vision dynamique et exigeante de
l’Union européenne. Nous ne devons pas accepter la stagnation dans
laquelle nous nous trouvons, où chacun tire la couverture à lui.
L’Europe, c’est une démarche coopérative associant des pays et des
peuples. Et cette démarche doit se faire autour d’un projet de société,
pas d’un marché. Deuxièmement, cette Europe doit devenir l’affaire
des citoyens et pas seulement de quelques initiés. Pour cela, j’ai
proposé deux choses. Qu’aucune décision européenne ne puisse être
prise sans un débat préalable, lancé publiquement au moins trois mois
à l’avance. Et que toute délibération impliquant les gouvernements
soit rendue publique, pour qu’on ne puisse plus dire à Paris «c’est
la faute à Bruxelles», alors que le gouvernement a toujours donné
son accord. Pourquoi
essayez-vous à tout prix de vous démarquer du PS et de l’UMP ?
L’UMP
et le PS, leurs équivalents européens, le PPE et le PSE, font mine d’être
en désaccord. En réalité, à Bruxelles, ils jouent ensemble. Ils se répartissent
les postes derrière le rideau. Par exemple, Barroso ne pourrait pas être
renommé si le gouvernement français et les gouvernements socialistes
européens ne s’étaient pas entendus pour le faire. Comment les
socialistes français peuvent-ils dire «stop Barroso» en France et se
taire à Bruxelles quand leurs amis le soutiennent ? Je suis contre ces
gangs d’hypocrites. Aujourd’hui,
vous êtes au centre de la campagne. Pourquoi cette focalisation ?
Lorsque
vous êtes la cible d’attaques générales, cela signifie une seule
chose : que vous êtes entendu par les citoyens, que vous êtes en train
de changer le paysage et les rapports de force. Tous ceux qui tiraient
profit des rapports de force antérieurs vibrent aujourd’hui comme un
essaim d’abeilles. Avant, c’était facile : le PS recevait
automatiquement les voix perdues par la droite. Et réciproquement. Donc
personne n’avait besoin de changer. Il suffisait d’attendre. C’est
ce temps-là qui est derrière nous. Une offre politique nouvelle apparaît,
parfaitement identifiée par les électeurs. Ils voient très bien ce que
les appareils politiques refusaient jusqu’à maintenant de voir. Nous défendons
des idées équilibrées mais nous refusons les accommodements de confort,
les ententes, les attitudes de compères. Jusqu’à
quand ? Pour arriver au pouvoir, il faut nouer des coalitions…
Nos
institutions n’ont qu’un avantage : elles permettent d’éviter les
manœuvres. On se présente au premier tour devant le peuple et c’est
lui qui choisit les protagonistes du second. La sélection au premier
tour, le rassemblement au second, se font sur les bases les plus
transparentes. C’est donc après que le peuple a tranché que vient le
temps des majorités nouvelles. Le choix que je défends depuis longtemps
est que cette majorité de reconstruction devra, le jour venu, être
pluraliste et associer des sensibilités différentes. Je n’aime pas la
République inféodée à un seul parti. Mais pour
accéder au second tour, il faudra bien que vous élargissiez votre électorat
et, encore plus, pour obtenir une majorité à l’issue de ce duel ?
Elargir
et rassembler, c’est une obligation. Mais il ne faut pas le faire en
perdant ses repères et ses lignes de force. Je choisis de parler à tout
le monde, pas aux appareils, mais aux citoyens. Les électeurs
socialistes, les gaullistes, ne me sont pas étrangers. Je ne les regarde
pas comme adversaires. Je connais leurs valeurs et leur histoire.
J’essaie simplement de montrer à chacun ce que nous avons en commun en
conduisant le combat républicain contre les dérives que la France subit
tous les jours. C’est du Mitterrand, allez-vous me dire. Je ne trouve
pas la comparaison injurieuse. Cependant, il y a une chose qui différencie
ma démarche de la sienne. Quand les militants de la gauche chrétienne
l’ont rejoint, il a dit : «Qu’ils viennent mais qu’ils veuillent
bien laisser leurs armes et leurs bagages au vestiaire.» Je pense au
contraire que les républicains de traditions différentes, pour
construire l’alternance, devront venir, sinon avec leurs armes, du moins
avec leurs bagages, en assumant leur histoire, leurs valeurs. La République
et la démocratie à restaurer sont faites pour eux tous. C’est leur
maison. Leur
lancez-vous un appel ?
Ni appel
ni OPA. La question n’est pas celle des états-majors, elle est celle
des citoyens. Le mot-clé de ma démarche, c’est le pluralisme. Je
combats le bipartisme. Si les Français n’ont que les bulletins UMP et
PS devant eux, il y a de quoi entrer en dépression. La France est plus
diverse et plus riche que cela. Je veux non seulement défendre le
pluralisme mais le garantir sur le long terme. Le pratiquer en assumant
nos différences. C’est pourquoi je récuse l’alignement genre «programme
commun» des années 70. Vous pensez
que le pluralisme est en danger…
Il
aurait sûrement été en danger si la force de renouvellement que nous
portons n’était pas intervenue. Que répondez-vous
à l’accusation «d’obsession présidentielle» ?
Il y a
deux choses derrière cette accusation, une fausse et une vraie. Une chose
fausse consiste à penser que j’aurais la bêtise de passer ma vie en me
rêvant à l’Elysée. C’est idiot. Ma vie ne se limite pas à la
politique. Et je sais que le pouvoir ne rend pas nécessairement heureux.
Mais ce qui est vrai, c’est que la présidentielle est la seule élection
qui peut vraiment changer les choses sans être obligé de prêter à des
accommodements. C’est donc le grand rendez-vous du peuple français.
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